Elles sont actuellement 6 françaises à disputer le championnat universitaire NCAA de première division.
Quatre, Leslie Ardon (Seton Hall),
Lucienne Berthieu (Old Dominion),
Virginie Delepine (Colorado) et
Nadia Peruch (Illinois State) ont accepté de répondre
aux mêmes questions pour nous présenter ce qu'est leur vie là-bas à la fois du côté basket
et du côté études.
L. Ardon à Bourges (Photo CJMBB)
-Pourquoi avoir choisi la NCAA plutôt que la Ligue Féminine (ou, du moins, de rester jouer en France) ?
Leslie Ardon : Avec Bourges j'ai eu la chance de voir évoluer des joueuses remarquables ; étant
consciente de la faiblesse de mon niveau basket, j'ai choisi la NCAA car je pense que c'est le meilleur moyen pour moi d'approfondir mes
fondamentaux, de travailler mon physique et de changer d'environnement. Lucienne Berthieu : C'était une opportunité à saisir pour pouvoir mener à bien des
études universitaires, et donc avoir un "bagage" (diplôme), et combiner le basket toujours à un niveau
compétitif. Virginie Delepine : Evoluer au niveau NCAA a toujours été un rêve. J'ai eu la chance de
pouvoir le réaliser! C'est vrai que j'aurais pu rester à Reims et voir ce qu'était le niveau pro. Mais je ne pense
pas que j'étais prête pour cela. Retourner jouer en Nationale 1 ou en espoirs, je n'en avais pas vraiment envie. La "Big 12
conference" est bien plus dure et compétitive que le niveau de Nationale 1. J'ai donc tenté ma chance dans le Colorado.
J'apprends ce que les mots "compétition" et "travail dur" veulent dire, ainsi je continue ma progression au côté
de Coach Barry et d'un staff compétent. De plus, en France, jouer en pro veut dire la plupart du temps moins de temps pour
étudier. Ici, toutes les structures sont mises en place pour combler cette lacune. Bref j'ai la chance d'évoluer dans une
nouvelle culture, parler une nouvelle langue et jouer dans un nouveau type de jeu. Nadia Peruch : Parce que ça me permettait de découvrir un autre style de jeu, un autre pays et
puis ça me permettait de faire mes études en même temps.
-Pensez-vous, après au moins une saison en NCAA, avoir fait le bon choix ?
L.A. : Oui. L.B. : Sans aucun doute oui. V.D. : Après un an en NCAA, je me suis souvent posé la question de rentrer en France car on ne
peut pas dire que tout était rose! Cependant j'ai appris énormément en un an et je vais continuer d'apprendre au fur
et à mesure. Je ne regrette pas du tout mon choix, même si parfois c'est dur d'être loin de sa famille et de
son pays. N.P. : Oui, j'ai beaucoup appris et pas seulement au niveau basket.
-Comment avez-vous été recrutée ?
L.A. : J'ai envoyé des statistiques, des vidéos ... à un scout qui les a diffusées
dans la région sur laquelle je souhaitais aller. L.B. : Par l'un des quatre entraîneurs de l'université. Le premier contact ayant été
pris par intermédiaire de mon ancien entraîneur au Championnat d'Europe Cadettes. V.D. : Tout d'abord, je n'avais pas prévu d'aller au Colorado plus qu'ailleurs. Les coaches de Seton Hall
(université de Leslie Ardon) m'ont contactée les premiers car ils m'avaient vue jouer sur une cassette vidéo
envoyée par Leslie lorsque l'on était espoirs à Bourges. Après c'est du bouche à oreille dans tous
les Etats-Unis : de Seton Hall à Miami en passant par Kansas et en arrivant à Colorado University. Ces derniers avaient
besoin d'une intérieure. Une des coaches a pris contact avec moi et m'a demandée de venir visiter l'université.
J'y suis allée au mois de mai et ai effectué deux visites officielles (SHU et CU). Finalement, je suis tombée
amoureuse des montagnes et me suis décidé pour le Colorado !!! N.P. : Aux championnats d'Europe en Slovaquie où il y avait des scoots. Je suis restée un an en
contact avec eux avant de signer.
L. Berthieu en défense (ODU)
-Comment se déroule une journée de saison régulière (quand il n'y a pas de match dans la journée) ?
L.A. : Ca commence le matin avec les cours et différents meetings (coaches, conseillers), study hall,
musculation, training room et entraînement, tutoring et retour au dortoir pour finir les devoirs. L.B. : Le lundi, mercredi et vendredi nous devons faire de la musculation, chacun y va selon son emploi du temps
scolaire. Ce semestre, j'ai cours le lundi, mercredi et vendredi de 8h à 11h50, ensuite je vais faire de la muscu et nous avons
entraînement basket de trois heures (15h à 18h).Puis temps libre pour étudier et faire ce que tu veux. Le mardi
et jeudi j'ai cours de 8h à 12h15 et de 13h30 à 14h45, ensuite entraînement de 15h30 à 18h30. V.D. : Pendant le Fall semester (le 1er), on s'entraîne de 15h30 à 18h, plus musculation 3
fois par semaine à 6h du matin. Pour les cours, cela dépend de ton emploi du temps. On ne doit pas prendre de cours qui se
terminent plus tard que 14h (pour ne pas être en retard à l'entraînement !!!). Pour le spring semester (le 2nd), on
s'entraîne plus tôt, de 13h à 15h30 et musculation deux fois par semaine juste après. Donc notre dernier cours
doit se terminer à midi, avec une moyenne de 15 heures de cours par semaine. N.P. : Cours le matin de 9h à 13h, puis entraînement de 13h30 à 17h. Ensuite, ça
dépend des jours, j'ai aussi classe le soir.
-Comparez les conditions de vie de la basketteuse (entraînement, suivi médical, transport, staff ...) entre ce que vous
vivez actuellement et ce que vous avez connu en France.
L.A. : Rien à dire...c'est fou, tout est réglé au détail près. Les
entraînements sont plus longs, plus intenses (je n'ai jamais autant couru), et on insiste plus sur les fondamentaux. Le suivi
médical est différent (hydrothérapie ...) et si on est blessée on peut passer sa vie dans le training room.
Il y a des managers qui s'occupent de tout ce qui est en rapport avec le côté basket (les pauvres). Il n'y a que les
transports qui restent les mêmes (bus et avions). L.B. : C'est totalement différent et assez injuste à comparer car la culture basket, ici, fait
partie de la vie de tous les jours et est beaucoup plus avancée. Les universités, voire les High Schools même les
plus moyennes ont des salles de gym dignes de certains clubs de pro B en France. Ce n'est pas une critique, mais c'est pour se rendre
compte un peu de la place que tient le sport dans la vie américaine. Je dirais que les conditions de vie sur beaucoup de points
de vue sont meilleures ici qu'en France. Le suivi médical est bon, les kinés sont compétents et l'assurance de
l'université couvre pas mal de choses. Les entraîneurs sont à l'écoute des joueuses, l'ambiance est relax
et tend à la franche camaraderie, mais on sent bien que lorsqu'il est temps de s'entraîner, le sérieux prends le
dessus. C'est assez difficile à expliquer, il a une bonne relation, du respect et de la franchise qui passent entre joueuses et
coaches. Côté études, tu peux avoir toute l'aide que tu souhaites sur une matière qui t'est difficile, il
n'y a qu'à demander. Les professeurs sont prêts à t'aider et à te donner des cours supplémentaires,
payés par la bourse d'études évidemment. Les horaires des cours sont plus qu'adaptés à ton programme
basket, sans pour autant oublier les exams lorsqu'ils arrivent. Il y a une très bonne relation entre les professeurs, les joueuses
et les coaches (de tout sport). Les déplacements sont faits en car et avion. Les hôtels sont très biens, nous sommes
presque traitées comme des rois dans nos déplacements !!! V.D. : Tout d'abord commençons par les entraînements : on ne peut pas s'entraîner deux fois
par jour car c'est interdit par les NCAA rules. Donc nous nous entraînons juste une fois pendant 2h30 voire quelques fois trois
heures. Les entraînements sont donc plus longs. Au niveau du staff, il y a une centaine de personnes pour nous (bon, ok
peut-être pas!!!). Nous avons l'headcoach et trois assistants coaches, plus un manager ou deux, plus un directeur qui s'occupe de
tout ce qui est administratif, plus trois kinés, plus un entraîneur pour la musculation ... un conseiller scolaire et
même une personne chargée des relations avec les médias. Enfin bref pas mal de monde !!! Pour le suivi médical,
deux visites complètes par an et l'obligation d'être strappée avant chaque entraînement et chaque match. Pour
les transports dans le campus, c'est le vélo ou la marche à pied. Pour les matches, c'est bus et charter. N.P. : Ici on est beaucoup plus entourées et tout est fait pour qu'on combine les études et le
sport. De plus, on a 4 coaches, un préparateur physique, 2 kinés et des gars qui s'entraînent avec nous tous les
jours. Autant dire que c'est différent d'en France. On se déplace seulement en avion et on a au moins deux matches
par semaine.
V. Delepine (Photo CU)
-Si une française souhaite suivre vos traces, comment doit-elle s'y prendre ?
L.A. : Vidéos, stats, hardwork. L.B. : Elle peut écrire et envoyer une cassette d'elle à l'université. En
général les renseignements pour savoir à qui envoyer la cassette sont sur les magazines genre Maxi Basket ou autre.
Inscrire sa taille, poids, poste de jeu, niveau d'études, etc... motivation aussi, stats et bien sûr et surtout des
séquences vidéos. Les séquences choisies doivent être toutes convaincantes, car les entraîneurs
reçoivent tellement de cassettes qu'ils ne consacrent que cinq ou six minutes au plus à chacune. Savoir ce que votre
décision de venir jouer aux USA implique, et ne pas se décider sur un coup de tête. Etre sûr de soi et ne pas
avoir peur de l'inconnu ! Ne pas y aller dans le but de voir ... mais de montrer ce que l'on peut et sais faire. V.D. : Me prévenir !!! Elle doit s'y prendre assez tôt car les recrutements se font la plupart du temps
aux mois de Novembre et Décembre (bien sûr il existe des exceptions). Elle devrait se renseigner auprès des
universités qui pourraient l'intéresser, puis leur téléphoner pour savoir s'ils pourraient être
intéressés et demander de plus amples renseignements, envoyer un CV et une cassette vidéo et pourquoi pas
décrocher une visite officielle. N.P. : Envoyer des cassettes, se renseigner sur les bonnes universités.
-Pensez-vous ou souhaitez-vous passer professionnelle en revenant en France ?
L.A. : Bien sûr ! J'ai trop couru pour m'arrêter là, et puis j'ai envie de voir la
différence avec le haut niveau français. L.B. : Je pense pouvoir passer pro en France, je ne sais pas encore ce que ma décision sera, tout
dépendra de ma dernière année d'université et des choix qui me seront offerts. V.D. : Je souhaiterais passer pro en revenant en France mais tout dépendra de la façon dont
j'évolue ici pour être prête pour la ligue féminine. N.P. : Je veux jouer pro mais je suis pas sûre de revenir en France tout de suite. Qui vivra, verra
!!!
N. Peruch (Photo IlStU)
Vous êtes toutes étudiantes, pensez-vous obtenir une équivalence de diplôme lors de votre retour ?
L.A. : Très peu probable de trouver une équivalence. Je compte faire des stages dans des
entreprises sur NYC grâce à mon école, ensuite en rentrant en France, je pense trouver un boulot autour du basket. L.B. : Je ne suis pas encore sûre à cent pour cent pour ce qui est de mes études en
communication, mais je pense avoir la possibilité de déboucher sur quelque chose de concret avec ce diplôme
de base. Je m'intéresse à beaucoup de choses, notamment aux enfants et j'aimerais beaucoup travailler autour d'eux, mais
je pense que je ne pourrais vraiment le faire à part entière qu'une fois ma carrière basket terminée, ou sur
le déclin. Avoir mon diplôme est une autre chose, m'en servir pour un job plus tard est une chose à laquelle je pense pas
mal, mais chaque chose en son temps. V.D. : Mon major est le journalisme et plus particulièrement broadcast news. Dans ce métier, les
qualifications sont nécessaires mais l'expérience est le plus important. Tu dois te frayer un chemin et c'est ce que je
ferais !!! N.P. : J'espère être prof de français et d'espagnol aux USA mais en France de toutes
façons je serai déjà trilingue donc je ne devrais pas avoir de mal à trouver quelque chose.
-S'il y a un thème (et c'est sûrement le cas) que je n'ai pas abordé dans ce questionnaire et sur lequel il y a
quelque chose à dire ou que vous jugez important, faites-le maintenant !!! (En résumant, posez-vous une question et
répondez-y !)
L.A. : ?????????? L.B. : Pourquoi aller aux Etats Unis pour étudier et jouer au basket ? Pour avoir le choix de pouvoir
continuer de faire le sport que l'on aime à haut niveau et finir ses études en même temps. Ne pas avoir à
sacrifier l'un au détriment de l'autre. Avoir une base sur laquelle démarrer une autre vie lorsque celle du basket se
termine, et ne pas avoir à retourner à l'école pour apprendre ce que l'on n'a pas pu terminer à cause de
ce choix qui tôt ou tard aurait été à faire. Vivre une expérience exceptionnelle et s'ouvrir à
une autre culture, pas nécessairement l'embrasser à bras ouverts et oublier ce qu'est la nôtre, mais essayer de la
comprendre et s'adapter. S'enrichir culturellement, rencontrer d'autres personnes qui ont une vie totalement différente de celle
que nous avons eue, partager et échanger les connaissances. Grandir de cette expérience enrichissante et en profiter tant
que l'on en a la possibilité car ça ne dure qu'un temps. La vie est faite de choix et d'expériences nouvelles ...
pourquoi pas celle-là ? V.D. : Comment se déroule une saison NCAA ? Nous avons préparation physique de fin août
à début octobre, à base de piste d'athlé, de travail en salle, de travail individuel et de muscu. Mi-octobre,
début des entraînements pendant 15 jours avant le premier match d'exhibition. Début novembre, début des matches
de pré-saison. Début janvier, début des matches de conférence. Début mars, tournoi de
conférence. Mi-mars, début des tournois NCAA et NIT pour les qualifiés, les autres sont au repos. Break de trois
semaines et début des entraînements de post-saison, à base de muscu, footing et petits matches entre nous. Pendant la
saison nous avons deux matches par semaine, en général le mercredi et le samedi. N.P. :