atelier 26. Proche Orient
et Monde Anglo-Saxon
Présidence : D. Dumortier (Toulouse 2), G. Le Voguer (Rennes 2)
Richard Davis (U. Lille 3) :
British Policy towards the Near-East and Anglo-French Relations 1918-1939
- Alliance, Rivalry, Enmity
The long history of Anglo-French contacts in the Near East contains the
usual mixture of co-operation (with varying degrees of success as the Suez
fiasco was later to demonstrate), rivalry, and open hostility (the last
Anglo-French military conflict took place in Syria in 1941). The inter-war
period was no exception to this long record of the troubled, and yet inescapably
close, relations.
This paper will, from the perspective of a diplomatic historian (using
essentially the records of the British Foreign and Colonial Offices), consider
the interactions between British policy towards the Near East (the focus
taken here will be on those regions occupied by Britain and France as 'mandatory'
powers at the dismemberment of the Ottoman Empire and the wider considerations
of Anglo-French relations, both as regards the Near East itself and their
(ultimately) overriding strategic interests elsewhere.
If the wider concerns to maintain the entente continued to influence
both British and French policy-makers, events on the ground in the Near
East did not always allow the two partners to co-operate to the degree
that many had hoped for. Traditions of rivalry, both those particular to
this region and those of a more general nature, continued to plague their
relations. Equally the clearly racial hierarchy that was at the heart of
official thinking in London (which regarded the Turks as 'unfit' to govern
any other people and the Arabs as incapable of managing without European
'assistance') was extended, with only a relatively lesser contempt, to
cover the French.
Such figures as T.E. Lawrence and Gertrude Bell have left behind an
image of underlying animosity between the British and French in the Near
East between the wars, an image which fits in all too well with the deeply
entrenched views that are common in accounts of our mutuel relations. Yet,
if it is certain that accusations and counter-accusations of duplicity
were not infrequent, to focus exclusively on this aspect would be to misrepresent
what was a far more complex and variable situation.
There existed a contradiction between the recognised need for British
and French to work together (the parallels between their respective positions
in Syria/Lebanon and Iraq/Palestine are clear) and the inability to operate
in harmony. How this contradiction was managed, how the actuel practice
of Anglo-French relations in the Near East and towards the Near East worked
against the greater interest of maintaining good Anglo-French relations,
will be at the centre of this paper.
Francine Masliah (U. Paris 13)
Romantisme et politique: Gertrude Bell en Irak
Victor Hugo disait : « Au siecle de Louis XIV on etait helléniste,
maintenant on est orientaliste ». C'est bien avant cette période
que l'Angleterre s'est intéressée au Moyen-Orient : voyages
d'explorateurs, échanges commerciaux, fouilles archéologiques
et, sous-tendant toutes ces activités, intérêt politique.
Une recherche sur le Moyen-Orient arabe et sur ses relations avec l'Angleterre
du 19eme et du debut du 20eme peut se lire comme une forme d'orientalisme
qui serait un amalgame de flou imperialiste (R. Schwab, Renaissance orientale,
Payot, 1950) et de détails et de biographies precis.
La biographie présentée est celle de Gertrude Bell
(1868-1926), encore relativement peu connue du public, car eclipsée
par la présentation romantique de son collègue et ami T.E.
Lawrence. Et cependant, Gertrude Bell emergea de son obscurité relative,
ne serait-ce que parce qu'elle a marqué l'histoire et la formation
d'un pays qu'il serait bon de mieux connaître : I'lrak, partie de
la Mésopotamie jusqu'en 1921.
Victorienne, foncièrement attachée aux valeurs de
son époque, fleur bleue, cultivée, linguiste de haut niveau,
sportive se distinguant dans des sports réservés aux hommes
les plus aguerris, voyageuse infatigable, femme-enfant fascinee par les
paysages mythiques de l'Orient, Gertrude Bell a su comprendre et pénétrer
ces regions dont les frontières aux contours flous sont déterminées
plus par les tribus les plus fortes que par un contour géographique
officiel, placées sous la férule de sheiks hauts en couleur
avec lesquels Gertrude Bell, avec obstination, courage physique mais aussi
plaisir extrême, s'entêtait a négocier.
Son choix se porta sur l’lrak, « son pays » comme
devait lui rappeler Faiçal, dont la périlleuse installation
sur le Trône fut une tâche a laquelle elle se donna corps et
âme. Etroitement liee à la politique anglaise de son temps,
à ses hesitations, ses doutes et ses contradictions, elle agira
toujours avec la même impétuosité, la même passion
et le même esprit d'indépendance. C'est au cours de cette
période de sa vie qu'elle acquiert sa stature. Et c'est sans rancoeur
qu'elle accepta de quitter les sphères de la haute diplomatie pour
créer le musee de Bagdad, dernière des fonctions multiples
qu'elle assuma.
Zehor Zizi (U. Caen)
Thomas Shaw (1692-1751) en Egypte”.
Publiés à Oxford en 1738, les Travels or Observations relating
to several Parts of Barbary and the Levant de Thomas Shaw (1692 ? - 1751)
allaient devenir au dix-huitième et dix-neuvième siecles
1'ouvrage de référence sur l'Algérie et la Tunisie.
Etudiant d'Oxford, pétri de culture classique, connaissant l'arabe
et l'hébreu outre le latin et le grec, Thomas Shaw se fit ordonner
pasteur de l'Eglise Anglicane en 1720. Son recueil de voyages est l'aboutissement
de ses douze annees de résidence à Alger (1720-1732) en qualite
de chapelain du consulat britannique.
Ni Alger, ni Tunis ne semblent pourtant avoir excité au départ
la curiosité du voyageur. Aussitôt arrivé à
Alger, il mit le cap sur l'Egypte, première étape d'un périple
qui devait le mener en Palestine, en Arabie Petrée en Syrie. Quelle
Egypte nous donne-t-il a voir ? Voyage d'ecclésiastique, le périple
en Egypte est avant tout un pèlerinage sur les lieux saints de la
Bible. Aveugle a la réalité vivante qui l'entoure, Shaw est
entierement guidé par un souci d'élucidation des Ecritures,
d'élaboration d'une géographie et d'une histoire naturelle
sacrees. Oeuvre d'exégèse biblique, les Travels sont aussi
une oeuvre d'apologétique chretienne, car la description de l'Egypte
s'inscrit résolument dans le débat philosophique et religieux
qui agite cette première moitié du dix-septième siècle.
Marie-Elise Chatelain (U. Dijon)
Le tourisme britannique en Egypte 1869-1900
Quand il arriva en Egypte en 1869, accompagné de trente-deux touristes,
Thomas Cook ouvrait une ère nouvelle dans l'histoire du tourisme
dans ce pays, mais il s’inscrivait aussi dans une tradition du voyage dejà
longue. Par son déroulement et par son programme, ce périple
rappelait davantage la lente et aléatoire progression des dahabiehs
ou le voyage subjectif et sentimental de la première moitié
du dix-neuvième siècle que la formule du voyage organisé
au programme préétabli et immuable que, pourtant, il inaugurait
dans ce pays.
A partir de 1870, et pendant plusieurs décennies, les activités
de la firme Thomas Cook & Son dans la
vallee du Nil sont indissociables de la progressive conquête
et « mise en valeur » touristique de cette région. On
peut y distinguer plusieurs périodes de développement. A
la fin de la période étudiée, la compagnie Thomas
Cook & Son s'etait taillée un véritable empire commercial
sur le Nil, et les villes telles que Louxor et Assouan avaient été
profondement transformées par l'afflux des touristes. 11 y eut indéniablement
des retombées économiques pour la vallée du Nil, mais
dont l'ampleur reste difficile a évaluer.
L'histoire du tourisme en Egypte reste encore à écrire.
Et les contextes politique, économique, juridique, culturel qui
ont permis le développement d'un phénomène qui est
devenu un enjeu économique majour pour ce pays, restent encore,
en grande partie, à reconstituer.
Pauline Lavagne (U. Lille 3)
La diplomatie britannique dans la Perse des premiers Kadjars 1798-1815,
enjeux, méthodes et effets.
A la veille du 19ème siecle, alors que 1'Empire des Indes
est en pleine expansion et que le continent européen est plongé
dans les guerres napoléoniennes, I'Angleterre 'redécouvre'
I'existence de la Perse. Jusqu'alors terra quasi incognita, entre l'Empire
ottoman et les Indes, le royaume de la toute jeune dynastie Kadjar devient
l'enjeu d'intérêts multiples et l'objet de convoitises politiques
internationales. Les gouvernements de Calcutta et Londres y envoient simultanément
leurs premières missions diplomatiques dans un climat de rivalité
et de suspicion digne d'un vaudeville géostratégique.
Mes recherches portent sur un aspect particulier de l'histoire
diplomatique et culturelle de la fin du 18ème et du premier tiers
du 19ème siecle : les modes d'acquisition et de circulation des
informations sur la Perse par les diplomates mais aussi les officiers,
les marchands et les voyageurs anglais qui s'y rendent a cette epoque.
Cette étude vise notamment à analyser la façon dont
ces premières missions britanniques furent organisées, le
type d'instructions qui leur furent confiées, la manière
dont elles fonctionnaient dans un pays entièrement desorganisé
par des années de guerre civile, le type d'information qu'elles
communiquaient a leurs diverses autorités de tutelle, I'utilisation
qui était faite de leurs rapports, et enfin l'influence que ce regain
d'interêt pour une vaste contree presque oubliée, eut sur
la connaissance de la civilisation persane en GrandeBretagne.
Isabelle Gadoin (U. Paris 3)
Lorsque la traduction se fait transsubstantation / Les Rubayyat d'Omar
Khayyam relus et corrigés par Edward Fitzgerald
« Découvertes et redécouvertes en art »
: ce titre de l'un des derniers ouvrages de l'historien d'art Francis Haskell
définirait au mieux le phénomène de la vie nouvelle
donnée a un obscur poète persan du 12eme siecle, Omar Khayyam.
Une « vie nouvelle » qui s'avéra bien plus large que
le simple succès littéraire de la traduction que l'amateur
Edward Fitzgerald donna en 1859 des « quatrains » médiévaux.
Car ce fut non seulement un foisonnement de traductions démultipliées,
proposées par chacun de ceux qui s'enthousiasmaient a l'épicurisme
teinté de mysticisme du poète oriental; mais aussi des illustrations
« dans le goût » persan, des productions de recueils
enluminés, et tout un art oriental ré-imaginé par
les arts decoratifs de la fin de siècle victorienne - jusqu'a la
création d'un « club » d'amateurs orientalistes séduits
par ce « carpe diem » presque ressenti sur le mode de l'appel
« mahométan » ... De toute l'ampleur de cette fortune
critique dépassant de bien loin le seul engouement littéraire,
on ne pourra donner qu'un rapide aperçu. Mais celui-ci permettra
peut-être de saisir certains des mécansmes de ce que l'on
pourrait appeler « le processus d'une fascination », d'une
réappropriation et d'une « mythification » de «
I'autre », aussi sincères que naïves ou perverses.
Laurence Chamlou (U. Reims)
Traduire Khayyam: la Fascination de l'Orient
Comme tous les traducteurs de poésie, les traducteurs des
quatrains d'Omar Khayyam se placent dans un espace intermédiaire,
un entre-deux, passage fragile entre les dédales de l'Orient et
les repères occidentaux. Quelle est cette image de l'Orient qui
a tant fasciné l'Occident, depuis la découverte de Fitzgerald
jusqu'aux nombreuses traductions qui s'en suivirent ? Pourquoi Omar Khayyam,
tout particulièrement, a-t-il retenu l'attention des hommes de lettres
en Occident ? Ses questions et ses doutes en font un poète de l'errance
qui a une place a part dans la communaute des poètes persans.
Les traducteurs n'ont cessé de trébucher sur des
métaphores aux références multiples qui devaient être
rendues dans les quatrains, forme qui, en elle-même, sonne étrangère.
L'univers persan, allant du roi Jamshid a la coupelle de narguilé
jusqu'aux dénominations variées de l'être aimé
est un écart, un seuil dans lequel s'inscrit tout traducteur. ll
s'agit, pour lui, de rendre un des nombreux rayons de cette poésie
sur un territoire lointain. Le traducteur occidental transmet le rayon
capté alors que le traducteur persan est retenu par les chaînes
de sa langue et sa culture d'origine qui lui interdisent de « déranger
» I'ordre, les métaphores et les couleurs de son Orient natal.
Dans les deux cas, le territoire du traducteur n'est qu'une marge étroite
d'ou, au mieux, il observe les deux rives qu'il s'est fixé pour
mission de rapprocher.
Catherine Delmas (U. Chambéry)
Le Proche-Orient de T.E. Lawrence, E.M. Forster et Lawrence Durell
En reponse a la polémique soulevée par Edward Saïd
qui, dans ses deux ouvrages Orientalism and Culture et Imperialism, souligne
le lien fondamental qui unit savoir, pouvoir et discours, impérialisme
et orientalisme, et montre que l'Orient, dans la littérature occidentale,
n'est que le miroir et l'autre de l'Occident, nous tenterons de montrer
que le Proche-Orient de T.E. Lawrence, dans Seven Pillars of Wisdom, celui
d'E.M. Forster dans Pharos and Pharillon. Alexandria, A Historv and a Guide,
et de Lavvrence Durell dans The Alexandria Ouartet, n'est pas uniquement
le reflet d'une conscience occidentale forte et d'un pouvoir hégémonique,
malgré les liens unissant les trois écrivains au gouvernement
britannique. Apres avoir établi les points communs rapprochant les
trois écrivains, montré leur attachement a l'histoire et
souligné l'influence de l'orientalisme dans leur oeuvre, nous tenterons
de montrer que la représentation qu'ils donnent d'un Orient palimpseste
peut echapper au discours impérialiste et orientaliste. Leur approche,
leurs sentiments sont différents, mais une semblable fascination
pour le passé les unit : quête d'innocence, de pureté
et d'Arcadie pour Forster et Lawrence, représentation de l'esprit
du lieu et d'un passé archétypal pour Durrell laissant pénétrer
le lecteur dans ce qu'il a nomme « un univers héraldique ».
Sakina Abderrahim (U. Besançon)
Relation « feminin - masculin » dans « The Levant Trilogy
» d'Olivia Manning
Dans ses deux trilogies, The Balkan Trilogy (1960-1965) et The Levant
Trilogy (1977-1980), Olivia Manning (1911-1981) a utilisé une matière
historique et une expérience personnelle ; en effet, elle fut amenée
à suivre son mari envoyé par le British Council à
la veille de la Seconde Guerre Mondiale à Bucarest d'abord, puis
en Grèce où ils durent encore être évacués
vers l'Egypte, puis Jérusalem, vers les annees 1943.
The Levant Trilogy est donc centrée autour de la Seconde
Guerre Mondiale dans le desert egyptien, mais elle est aussi un important
document politique et social sur les différentes communautés
du Moyen-Orient. Dans l'analyse sociologique et politique des peuples égyptien
et syrien marqués par le sceau de l'islam, dans l'approche historique
du monde de la guerre ou les femmes ont peu de place, ou encore dans les
relations des personnages de fiction, le rapport « feminin - masculin
» revêt une intensité particulière. La technique
narrative, elle-même, est caracterisée par cette dualité
car il y a dans la narration, la présence conjuguée de deux
temoins a partir desquels la voix narrative déroule l'histoire :
le personnage féminin, Harriet Pringle, et le combattant dans la
guerre du désert, Simon Boulderstone. Chacun des deux personnages
reflète, à sa manière, la vision du monde d'Olivia
Manning et semble représenter à la fois l'aspect masculin
et féminin ou l’animus-anima de la romancière.
D. Dumortier (U. Toulouse 2)
Les études moyen-orientales dans le monde anglo-saxon: thèmes
et enjeux
Les relations universitaires entre le monde anglophone, en particulier
les Etats-Unis, et le monde arabe présentent trois aspects majeurs:
l'accueil d'un effectif important d'étudiants arabes dans les universités;
la présence d'universités américaines au Moyen-Orient;
I'existence de centres de recherche specialisés dans les études
moyen-orientales.
On peut dénombrer une vingtaine de centres de recherche
anglophone de notoriété internationale sur le Moyen-Orient,
dont seize aux Etats-Unis. Ils ont des intitulés variés ou
les expressions Middle East.Studies l'emportent largement sur Near Eastern
Studies, avec les mêmes ambiguïtes qu'en francais entre Proche
et Moyen-Orient, la distinction entre les deux relevant davantage d'un
clivage disciplinaire que d'une différenciation géographique.
Du reste, le Moyen-Orient a pour les Americains, qui le dilatent du Maroc
a l'Asie centrale, une extension plus vaste et plus mouvante que pour les
Britanniques qui lui donnent un cadrage plus strict et plus stable, de
l'Egypte a l'lran inclus.
Les thèmes abordés découlent des interêts
et des héritages des différents pays anglophones qui hiérarchisent
et expriment différemment quatre enjeux majeurs: scientifique et
intellectuel; politico-stratégique; économico-commercial;
sociologique et culturel.
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